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Caprice
Alors
voilà, je te
demande, je te supplie de faire un caprice, un vrai caprice.
Je te
demande de ne
pas lui ouvrir la porte, pas encore. Je te demande de ne pas
l’écouter
l’enchanteresse, pas encore. Parce que bientôt nous
serons tous ensemble. Pour
toi, pour ton anniversaire. Parce que je t’aime et je ne suis
pas sûre de te
l’avoir jamais dit. Elle vient te titiller, te fait tomber,
fait battre ton
cœur trop fort. Elle te cherche, ne la laisse pas te trouver,
pas encore.
Joue
à cache-cache.
Berne-là. Elle est bête. Elle aura le dernier mot
mais fais un caprice,
raccroche-lui au nez. Faux numéro. Mauvaise adresse.
Fais-lui la nique, elle
l’a bien cherchée.
Comme
je suis
sérieuse. C’est moi qui aie lancé cette
idée de cadeau. Que chacun t’écrive une
nouvelle. Ma fille a choisi le thème. Je voulais quelque
chose de drôle, de
léger. Je compte sur les autres.
J’ai
entendu ta
voix tout à l’heure. Je ne l’ai pas
reconnu. Un souffle à peine. D’habitude
cette voix tu la réserves à tes filles, pour te
faire plaindre et dorloter.
Mais avec moi, tu plaisantes d’une voix claire et forte. Pour
la première fois
tu ne prends pas cette peine.
Comme
tu as raison.
Je n’ai pas besoin de cet adorable mensonge.
Je
sais. Tu sais.
Fais un caprice, brouille sa piste, embobine-la. Tu sais si bien faire
cela…
Mammie
j’ai mis du
temps, mais finalement je sais qui je suis et où je vais.
Et je
vais y
arriver, il le faut. Je te le dois. Je le dois à mon
père. Je me le dois. Je
serai l’écrivain de la famille, tu
verras… Ne l’écoute pas. Elle ne sait
pas.
Elle ne sait pas que tu as encore des moments merveilleux à
vivre. Tu n’as
jamais choisi la facilité. Fais un caprice, fais la sourde
d’oreille. C’est toi
qui commandes. Toi !
Tape
du pied,
boude, mets tes tiroirs en l’air.
Empêche-là d’approcher.
Je
ne
vais pas
faire ton éloge ou essayer de parler de ta vie. Je sais. Tu
sais.
Je
veux juste que
tu saches, que je t’aime et je t’admire. Pour ce
que tu as fait. Et ce que tu
n’as pas fait.
Tourne-lui
le dos.
Tu n’as pas à la regarder en face encore. Pas
encore.
Merci,
sans toi je
ne serai pas là. Merci pour papa. Merci pour maman aussi
finalement. Je ne
m’égare pas. Il a tant de choses que
j’aimerais te dire mais par où
commencer ?
Et
puis je sais. Tu
sais.
Je
sais-tu sais que
nous avons ri, nous avons pleuré.
Que
Hugh Grant nous
fera toujours craquer.
Woody
Allen,
Chandler (FRIENDS) et le Dr House pouffer.
Qu’à
chaque fois
que nous mangeons un tartare/américain nous pensons
à l’autre.
Tu
sais-je sais, le
mal que l’alcool fait, les mensonges, les non-dits.
Je
sais-tu sais que
parfois il vaut mieux le silence.
Tu
sais-je sais que
la pudeur est la plus belle qualité.
Raconte-lui
une
histoire, pas besoin d’orchestre ou de papier.
Juste
ta voix, ton
humour, ta sincérité. Fais-lui oublier qui elle
est.
Ou
mieux
interviewe-la, propose de lui faire sa pub, ou de passer à
la télé.
Qu’elle
t’accorde
un délai.
Roule-la
dans la
farine. Fais la revenir aux petits oignons. Cuisine-la, toi la reine
des
recettes. Qu’elle comprenne la garce qui est le
chef !
Tu
sais que je me
sens toujours bien auprès de toi. Et que je ne lasse jamais
de tes histoires,
de TON histoire. Je sais combien tu vas nous manquer, combien tu vas me
manquer. Surprends-la. Révolte-toi ! Pense
à l’odeur de l’océan,
à celle
des pins.
Elle
essaye de te
coincer l’immonde. Elle essaye mais si ton corps grippe, ton
esprit n’a jamais
été aussi clair. Un livre contre un rhumatisme.
Un film contre un vertige, une
prière contre un doute, un souvenir contre un
frisson… Et des caramels…
Envoie-la balader la rusée. Renvoie-la. Au diable. Aux
anges, où elle voudra.
Je
suis folle sans
doute, qu’est ce qui me prend ? J’ose
dire, enfin plutôt écrire ces drôles
de choses. Je t’aime mammie et je te demande, je te supplie
de commettre ton premier
et ultime caprice. Sublime caprice. Celui qui ose braver la mort.
Chasse la
faucheuse, chasse la veuve noire, la sournoise, la menteuse, la
voleuse,
chasse-la encore un peu…
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