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Sophie Akjaly


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Présentation 

Ancienne intermittente du spectacle devenue auxiliaire de puériculture en crèche, j'ai toujours aimé écrire et raconter des histoires aux petits comme aux grands. 

J'ai écrit un premier roman : « La vie n’est pas un conte de fées, pas tout à fait… » que j'ai envoyé à quelques éditeurs et j'attends leur réponse…

Sophie Akjaly (92)  Courriel - Blog   

Sophie Akjaly

Nouvelle

Caprice

Alors voilà, je te demande, je te supplie de faire un caprice, un vrai caprice.
Je te demande de ne pas lui ouvrir la porte, pas encore. Je te demande de ne pas l’écouter l’enchanteresse, pas encore. Parce que bientôt nous serons tous ensemble. Pour toi, pour ton anniversaire. Parce que je t’aime et je ne suis pas sûre de te l’avoir jamais dit. Elle vient te titiller, te fait tomber, fait battre ton cœur trop fort. Elle te cherche, ne la laisse pas te trouver, pas encore.
Joue à cache-cache. Berne-là. Elle est bête. Elle aura le dernier mot mais fais un caprice, raccroche-lui au nez. Faux numéro. Mauvaise adresse. Fais-lui la nique, elle l’a bien cherchée.

Comme je suis sérieuse. C’est moi qui aie lancé cette idée de cadeau. Que chacun t’écrive une nouvelle. Ma fille a choisi le thème. Je voulais quelque chose de drôle, de léger. Je compte sur les autres. 

J’ai entendu ta voix tout à l’heure. Je ne l’ai pas reconnu. Un souffle à peine. D’habitude cette voix tu la réserves à tes filles, pour te faire plaindre et dorloter. Mais avec moi, tu plaisantes d’une voix claire et forte. Pour la première fois tu ne prends pas cette peine.
Comme tu as raison. Je n’ai pas besoin de cet adorable mensonge.
Je sais. Tu sais. Fais un caprice, brouille sa piste, embobine-la. Tu sais si bien faire cela…

Mammie j’ai mis du temps, mais finalement je sais qui je suis et où je vais.
Et je vais y arriver, il le faut. Je te le dois. Je le dois à mon père. Je me le dois. Je serai l’écrivain de la famille, tu verras… Ne l’écoute pas. Elle ne sait pas. Elle ne sait pas que tu as encore des moments merveilleux à vivre. Tu n’as jamais choisi la facilité. Fais un caprice, fais la sourde d’oreille. C’est toi qui commandes. Toi !
Tape du pied, boude, mets tes tiroirs en l’air. Empêche-là d’approcher.

Je ne vais pas faire ton éloge ou essayer de parler de ta vie. Je sais. Tu sais.
Je veux juste que tu saches, que je t’aime et je t’admire. Pour ce que tu as fait. Et ce que tu n’as pas fait.
Tourne-lui le dos. Tu n’as pas à la regarder en face encore. Pas encore.

Merci, sans toi je ne serai pas là. Merci pour papa. Merci pour maman aussi finalement. Je ne m’égare pas. Il a tant de choses que j’aimerais te dire mais par où commencer ?
Et puis je sais. Tu sais.

Je sais-tu sais que nous avons ri, nous avons pleuré.
Que Hugh Grant nous fera toujours craquer.
Woody Allen, Chandler (FRIENDS) et le Dr House pouffer.
Qu’à chaque fois que nous mangeons un tartare/américain nous pensons à l’autre.
Tu sais-je sais, le mal que l’alcool fait, les mensonges, les non-dits.
Je sais-tu sais que parfois il vaut mieux le silence.
Tu sais-je sais que la pudeur est la plus belle qualité.

Raconte-lui une histoire, pas besoin d’orchestre ou de papier.
Juste ta voix, ton humour, ta sincérité. Fais-lui oublier qui elle est.
Ou mieux interviewe-la, propose de lui faire sa pub, ou de passer à la télé.
Qu’elle t’accorde un délai.

Roule-la dans la farine. Fais la revenir aux petits oignons. Cuisine-la, toi la reine des recettes. Qu’elle comprenne la garce qui est le chef !

Tu sais que je me sens toujours bien auprès de toi. Et que je ne lasse jamais de tes histoires, de TON histoire. Je sais combien tu vas nous manquer, combien tu vas me manquer. Surprends-la. Révolte-toi ! Pense à l’odeur de l’océan, à celle des pins.

Elle essaye de te coincer l’immonde. Elle essaye mais si ton corps grippe, ton esprit n’a jamais été aussi clair. Un livre contre un rhumatisme. Un film contre un vertige, une prière contre un doute, un souvenir contre un frisson… Et des caramels… Envoie-la balader la rusée. Renvoie-la. Au diable. Aux anges, où elle voudra.

Je suis folle sans doute, qu’est ce qui me prend ? J’ose dire, enfin plutôt écrire ces drôles de choses. Je t’aime mammie et je te demande, je te supplie de commettre ton premier et ultime caprice. Sublime caprice. Celui qui ose braver la mort. Chasse la faucheuse, chasse la veuve noire, la sournoise, la menteuse, la voleuse, chasse-la encore un peu…


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